Renault et Ikéa : une gouvernance négligente

Au motif de sécuriser leur fonctionnement humain, Renault et Ikéa ont recouru à des pratiques RH illégales ou irrespectueuses des personnes, en contradiction totale avec leurs engagements éthiques et « responsables »…

 

Deux affaires récentes ont illustré la manière désolante dont les personnes sont considérées et traitées par certains dirigeants d’entreprise, et l’absence de rigueur ou d’éthique avec laquelle ils gèrent le « risque humain ».

La première a mis en cause la direction de Renault, après la mise à pied brutale de trois cadres supérieurs du groupe soupçonnés d’espionnage sur la seule base d’une dénonciation. Renault a certes présenté depuis ses « excuses » aux trois cadres et leur a promis réparation. Mais, dernier rebondissement, la direction aurait omis, selon Le Parisien du 18 mai 2012, de réunir le comité de déontologie du groupe avant de rompre le contrat de travail des trois cadres faussement suspectés d’espionnage, contrairement à ce qu’elle a toujours affirmé. Cette affaire a révélé les failles de la gouvernance du groupe, et une gestion irresponsable du risque humain, en l’espèce celui affectant des collaborateurs pourtant connus et appréciés de longue date.

Pratiques patronales déviantes

La deuxième affaire a déstabilisé Ikéa France, accusé de s’être renseigné illégalement sur des salariés. L’affaire, dévoilée en février 2012 par la presse, a révélé que la filiale française du groupe suédois s’est procurée des renseignements sur leurs antécédents judiciaires, policiers, ou sur leurs comptes en banque. A la suite de ces informations, I’entreprise vient d’annoncer le départ de quatre dirigeants, dont l’ancien patron, tous soupçonnés d’être mêlés à ces pratiques patronales déviantes, et, semble-t-il, répétés sur une assez longue période. Ces départs sont justifiés selon la direction par « des pratiques contraires aux valeurs et standards éthiques [qui] ont été malheureusement constatées au sein de Ikea France », et sont prises « très au sérieux« . Au-delà des dégâts en termes d’image, il faut maintenant compter avec les suites judiciaires.

L’enjeu de la réforme de la gouvernance entreprise par Renault et Ikéa est en fait double : cerner les risques encourus et rendre compte aux administrateurs de leur gestion. La première obligation imposée par ces crises managériales est de savoir identifier tous les risques qui peuvent menacer l’entreprise, afin de les maîtriser au mieux. Certes, pratiquement tous les groupes du CAC 40 et même du SBF 120 ont un « directeur des risques », rattaché à la direction générale ou financière. Les domaines couverts n’ont cessé de s’élargir, ajoutant par exemple aux risques stratégiques, industriels, logistiques ou de propriété intellectuelle, les risques environnementaux, politiques ou de cybercriminalité.

En revanche, force est de constater que le risque humain (individuel) et social (collectif) est encore largement sous-évalué par les entreprises. Ainsi parmi les cinquante risques majeurs identifiés et classés par les dirigeants pour l’année 2011 (Lloyd’s Risk Index, http://www.lloyds.com), seul celui de talent crunch (la difficulté à recruter ou à fidéliser des compétences) est mentionné.

Quant au risque de réputation, si sa mention est en forte progression, il n’apparaît pas, selon cette étude, pouvoir résulter de pratiques internes déficientes, telles que les mauvais traitements, des pratiques discriminatoires ou de harcèlement, ou encore une politique insuffisante de prévention et de santé au travail.

Pourtant, ces deux affaires déplorables rappellent s’il en était besoin l’urgence pour l’entreprise de prendre toute la mesure des risques qui menacent l’intégrité humaine ou professionnelle de ses salariés. Elles montrent aussi qu’il est ensuite décisif d’intégrer ce suivi à la gouvernance de l’entreprise et d’y impliquer étroitement les administrateurs, afin de mettre sous contrôle les pratiques dirigeantes.

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